Épisode 24 : Le rôle des droits de PI dans la sauvegarde de mon entreprise

Maya Urbanowicz (Maya) : Vous écoutez « Voix de la P.I. canadienne », un balado où nous discutons de propriété intellectuelle avec des professionnels et des intervenants du Canada et d'ailleurs. Vous êtes entrepreneur, artiste, inventeur ou simplement curieux? Vous allez découvrir des problèmes concrets – et des solutions concrètes – ayant trait au fonctionnement des marques de commerce, des brevets, du droit d'auteur, des dessins industriels et des secrets commerciaux dans la vie de tous les jours. Je m'appelle Maya Urbanowicz et je suis votre animatrice d'aujourd'hui.

Les points de vue et les opinions exprimés dans les balados sur ce site Web sont ceux des baladodiffuseurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'OPIC.

Êtes-vous cet entrepreneur occupé qui n'a pas assez de temps pour penser à comment protéger son idée? Vous savez que c'est quelque chose que vous devez faire, mais vous ne trouvez peut-être pas le temps ou l'argent pour le faire. Vous n'êtes pas le seul. Notre invitée d'aujourd'hui est bien familière avec tous ces éléments. Madame Johanne Boivin est une créatrice et entrepreneure prospère avec un bilan impressionnant dans la création, gestion, l'octroi de licences et la vente de plusieurs marques qui lui appartiennent. Elle sait aussi comment, du jour au lendemain, la protection de la P.I. peut soudainement être cruciale pour sauver votre entreprise. Madame Boivin sait comment utiliser la protection de la P.I. dans un monde concurrentiel et elle partage son expertise en tant que conseillère experte à Point Cardinal, un bureau spécialisé qui aide les entrepreneurs à croître et réussir. Bienvenue à notre balado, madame Boivin. Donc, madame Boivin, je sais que vous avez une histoire importante à partager avec nous aujourd'hui. Mais, avant, pouvez-vous nous parler un peu de vous et du travail que vous faites à Point Cardinal?

Johanne Boivin (Johanne) : Bien sûr, bonjour! J'ai le bonheur depuis mai 2021 de faire partie de l'équipe des conseillères expertes chez Point Cardinal, qui se veut un accélérateur de croissance pour les entreprises que nous accompagnons dans les mandats de stratégie, gouvernance, innovation ou d'E.S.G.

Je suis avant tout une entrepreneure et femme d'affaires, qui a été présidente-fondatrice de son entreprise, Joanel, pendant 25 ans et cette entreprise est devenue un leader en maroquinerie au Canada pour ses marques enregistrées Joanel, Mouflon et Ugo Santini.

J'ai évolué dans le monde des P.M.E., spécifiquement dans le secteur manufacturier grossiste d'accessoires mode, et j'ai une expertise complète en gestion d'entreprise et aussi en innovation comme chef de création des produits d'entreprise.

En 2015, j'ai vendu mes marques de commerce à un concurrent pour ensuite travailler à titre de vice-présidente exécutive avec le mandat de mettre sur pied une division d'accessoires pour femme en Amérique du Nord et ainsi promouvoir toutes les marques de commerce de la société.

En 2016, l'entreprise devient licenciée mondiale de la nouvelle marque Céline Dion Accessoires et j'ai travaillé pour développer l'A.D.N. de la marque et le déploiement de cette licence de façon globale.

Au terme de mon contrat en 2020, j'ai décidé d'orienter ma carrière vers le mentorat et le coaching auprès des entrepreneurs, pour partager mes 32 ans d'expertise.

C'est alors qu'Isabelle Foisy m'a contactée pour joindre l'équipe de conseillères chez Point Cardinal et j'ai été charmée par sa vision, son approche humaine et sa vision d'aider les clients dans leur croissance.

Maya : Et pouvez-vous nous parler de votre expérience dans la création de marques de haut de gamme?

Johanne : Bien sûr! Comme P.D.G. ou à titre de vice-présidente exécutive, j'ai toujours dirigé les équipes de création dans les démarches de R et D, j'ai vu aux processus de production et j'ai veillé à la responsabilité sociale et environnementale de l'entreprise.

De la recherche des tendances de marchés, aux « trends » émergents et à l'affût de nouvelles technologies, j'ai veillé à ce que chaque produit respecte les paramètres et l'ADN de sa marque, son marché et de son positionnement.

J'ai aussi développé des dizaines de marques privées enregistrées et, entre autres, Joanel a été le licencié mondial de la marque Cirque du Soleil Accessoires.

Que ce soit pour la production domestique ou à l'étranger, une marque haut de gamme ou un produit populaire, le développement de la marque repose avant tout sur des bases, c'est-à-dire être déposée ou enregistrée, avant même penser, investir, développer et exploiter cette marque.

Maya : En parlant de protéger une marque, vous avez une histoire de réussite bien particulière à nous partager. Une grande compagnie a copié votre marque, mais votre marque de commerce et votre stratégie de P.I. ont sauvé votre entreprise. Qu'est-ce qui est arrivé?

Johanne : Ah, vous me rappelez des souvenirs [rires]. Après 18 ans où la marque de sacs à main Mouflon était sur le marché pancanadien, celle-ci a été littéralement copiée par un géant américain, et sans le nommer, celui-ci faisait plus de 500 milliards annuellement de chiffre d'affaires au Canada.

Ouf! Ce fut pour moi le coup le plus dur à encaisser depuis la fondation de mon entreprise.

Je me rappellerai toujours mon grand désarroi lorsque j'ai constaté que des copies identiques de mes produits Mouflon avaient été mises sur les tablettes de centaines de magasins « style supermarché » pour une fraction de prix et que la seule différence résidait dans la qualité des matériaux utilisés. 

Que faire? Et au nom de quel droit pouvait-on me copier de la sorte et me voler ainsi mon marché?  C'était vraiment à s'y méprendre.

Cela était d'une telle confusion que mes clients se sentaient floués pensant avoir payé trop cher les produits que je leur avais vendus puisqu'ils les voyaient à un prix nettement plus bas chez le détaillant.  

Vous comprendrez que les ventes de cette marque ont chuté drastiquement, et ce, à une vitesse incroyable. 

Dix-huit ans d'effort et d'investissement pour la reconnaissance de cette marque se défilaient sous mes yeux. Je me sentais impuissante jusqu'à ce que je me décide à contacter un cabinet d'avocats spécialisé en propriété intellectuelle afin de connaître mes droits.

Après l'étude de mon dossier, on m'explique alors que le fait que ma marque soit enregistrée et maintenue à jour durant toutes ces années, ceci constituait un bouclier et que des procédures en usurpation de marque pouvaient être entamées.

Wow! Quelle joie d'entendre ces professionnels parler de concurrence déloyale et qu'il y avait de la lumière au bout du tunnel. Malgré ce géant qui m'attaquait, et mon entourage qui me conseillait de laisser tomber au risque de tout perdre, j'ai décidé de foncer afin de donner un signal clair qu'on ne touche pas à ma marque, mais tout de même avec le sentiment que c'était David contre Goliath!

D'entrée de jeux, le tribunal a tout de suite émis une injonction provisoire afin que la partie adverse retire immédiatement tous les produits de leurs magasins dans l'attente d'un procès!

La première manche était alors remportée! Mais fallait-il monter ce dossier et prouver la contrefaçon.

Avec l'aide des avocats, nous avons démontré l'ensemble des activités commerciales de cette marque et prouvé que nous étions les créateurs par nos dessins, catalogues et témoignages.

Nous avons aussi répertorié les statistiques de vente pour chacun des styles copiés, et ce par trimestre et par territoire pour les 18 années précédant ce conflit, tout ceci corroboré par les registres d'importation et de production de nos manufacturiers.

Avec ce dossier étoffé et la force de notre marque enregistrée et maintenue à jour, nous avons finalement gagné et obtenu un règlement favorable malgré le fait que Goliath avait tout essayé pour nous anéantir.

L'enregistrement de ma marque aura donc été la meilleure façon de la protéger. J'ai retrouvé tout mon marché et même tiré profit de la visibilité que cette situation avait occasionnée. Les consommateurs demandaient l'original Mouflon et la marque a connu une forte croissance auprès de nos détaillants.

L'histoire s'est très bien terminée, car pendant 7 ans la marque a continué sa croissance et a obtenu ses lettres de noblesse, puisqu'en 2015 la marque Mouflon a fait partie de la transaction commerciale ou Joanel a vendu son panier de marques à un concurrent.

Maya : Wow, c'est toute une histoire, beaucoup d'efforts et de temps. Heureusement que vous aviez des marques protégées. Dans vos mots, qu'est-ce qu'une stratégie de propriété intellectuelle? Et, y a-t-il un bon moment pour commencer à y penser?

Johanne : Une stratégie de P.I. sert à gérer et protéger ses actifs dès le départ. Elle vous protège de la concurrence, car vous devez être le seul à tirer profit de vos innovations, de vos investissements et de votre travail acharné. En d'autres mots, elle sert à donner un signal clair à vos concurrents et les dissuade d'empiéter sur votre marché. C'est une façon de vous préparer à la concurrence sur un nouveau marché et d'atteindre vos objectifs et devenir leader dans votre domaine.

Comme pour chaque stratégie par exemple, des budgets et un plan clair doivent être considérés pour pouvoir protéger votre marque ou votre innovation sur un territoire donné. Elle doit considérer des investissements et un suivi serré.

L'Office de la propriété intellectuelle du Canada est un organisme de service spécial d'Innovation, sciences et développement économique et que ce soit pour un brevet, une demande de marque, un dessin industriel, vous pouvez le consulter et y trouver les réponses à vos questions.

Maya : Et quelles sont les premières étapes à suivre pour une organisation qui veut se protéger avec une stratégie de P.I. et comment est-ce que les cabinets spécialisés en P.I. peuvent-ils aider celle-ci?

Johanne : La première étape est de faire une recherche avant même de mettre au monde une marque, une innovation, une technologie pour éviter tout conflit potentiel commercial.

Le site Web de l'OPIC est une excellente source d'information et possède une base de données complète.

Une fois (le site Web) consulté, la demande d'enregistrement de la marque ou de l'innovation doit être déposée.

Ensuite, il faut soutenir un plan et prévoir les ressources financières et humaines qui pourront concrétiser cette approche de propriété intellectuelle en tenant compte des besoins de l'entreprise qui évolueront. Un exemple serait de vouloir exploiter un nouveau territoire donc il faut allouer des investissements en propriété intellectuelle à court et long terme.

Il faut également faire l'inventaire de ses actifs de propriété intellectuelle :  est-ce une marque de commerce, un dessin industriel, un brevet? Pour s'assurer que tout renouvellement sur les territoires donnés soit fait et maintenu à jour.

Finalement, oui je vous recommande aussi une veille concurrentielle afin de repérer toute atteinte à vos droits puisque se protéger est l'objectif de la propriété intellectuelle.

Oui, cela a un coût, vous me direz. Mais, tout comme cette assurance maison ou auto que nous prenons pour protéger nos biens et immeubles, être propriétaire d'une innovation et évoluer en affaires sans protection est vraiment imprudent. Vos concurrents peuvent s'acquérir votre marché et vos idées en une fraction de seconde.

Vous protéger demande discipline et rigueur, mais ceci assure la pérennité de votre innovation, votre marque et même votre entreprise. Pensez-y, ne roulez pas sans assurance!

Si j'avais un conseil à donner, pour ceux et celles qui trouvent trop ardu de consulter les bases de données, de s'y retrouver avec des modalités, les demandes, les renouvellements et le suivi d'un brevet en cours d'homologation par exemple, et bien ce serait de faire appel à un agent de brevet et de marque de commerce.

Ce sont des professionnels en propriété intellectuelle qui s'y connaissent et qui vous épauleront et vous feront sauver beaucoup de temps précieux. C'est l'une des raisons pour lesquelles ma marque a été si bien maintenue, car j'ai toujours opté pour travailler avec un agent en propriété intellectuelle qui m'a prévenu au préalable des échéances. À mes yeux, c'est un soldat qui monte la garde.

En terminant, je le répète, de grâce, protégez-vous! 

Nous voyons trop souvent, chez Point Cardinal, des entrepreneurs qui créent et mettent sur le marché de magnifiques produits ou de nouvelles technologies sans avoir même protégé leurs innovations.

Chez Point Cardinal, nos experts s'assurent que la stratégie de l'entreprise en propriété intellectuelle concorde avec le plan stratégique et tient compte de la croissance.

J'espère que mon histoire et ce balado vous sensibiliseront et vous auront convaincu de la force de la propriété intellectuelle.

Maya : Madame Boivin, merci beaucoup d'avoir pris le temps de partager votre histoire et vos connaissances avec nous et merci énormément d'avoir participé dans notre balado d'aujourd'hui.

Johanne : Ça m'a fait extrêmement plaisir et je vous dis à très bientôt.

Vous venez d'écouter « Voix de la P.I. canadienne », un balado où nous parlons de propriété intellectuelle. Dans l'épisode d'aujourd'hui, nous avons parlé avec madame Johanne Boivin, une entrepreneur prospère et conseillère experte à Point Cardinal, un accélérateur de croissance qui aide les entreprises à croître. Si vous voulez en apprendre plus sur la propriété intellectuelle et comment vous pouvez protéger votre invention, marque et création, visitez www.canada.ca/PI-pour-entreprises. Vous y trouverez aussi les détails pour nous contacter si vous avez des questions sur la propriété intellectuelle.