Épisode 31 : La PI à la rescousse du Cirque du Soleil, un symbole canadien

Maya Urbanowicz (Maya) : Vous écoutez « Voix de la PI canadienne », un balado où nous discutons de propriété intellectuelle avec des professionnels et des intervenants du Canada et d'ailleurs. Vous êtes entrepreneur, artiste, inventeur ou simplement curieux? Vous allez découvrir des problèmes concrets – et des solutions concrètes – ayant trait au fonctionnement des marques de commerce, des brevets, du droit d'auteur, des dessins industriels et des secrets commerciaux dans la vie de tous les jours. Je m'appelle Maya Urbanowicz et je suis votre animatrice d'aujourd'hui.

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Quand vous entendez Cirque du Soleil, vous pouvez penser à l'enchantement, à l'art et à des performances impressionnantes, à la magie et en coulisse se trouve une histoire remarquable de persévérance, d'ingéniosité et d'un rôle moins connu mais crucial que la propriété intellectuelle a joué pour sauver cette institution bien-aimée. Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'être accompagné par un visionnaire extraordinaire qui a orchestré les merveilles envoûtantes du Cirque du Soleil en tant que président et maintenant en tant que vice-président exécutif du Conseil d'administration, monsieur Daniel Lamarre. C'est lui qui s'est tenu à la barre du Cirque du Soleil et a conduit l'entreprise à travers ses moments les plus difficiles pendant la pandémie, en exploitant le pouvoir de la propriété intellectuelle lors d'un voyage de transformation pour raviver la brillance du Cirque du Soleil. Monsieur Lamarre, c'est un réel privilège de vous avoir dans notre balado aujourd'hui. Bienvenue.

Daniel Lamarre (Daniel) : Merci beaucoup. C'est, le privilège est pour moi, avoir la chance de parler avec vous et avec les personnes qui nous écoutent. C'est vraiment une belle occasion de promouvoir la créativité.

Maya : Aujourd'hui, nous allons parler de la gestion de l'innovation et de la créativité, ainsi que de l'utilisation de la protection formelle, la propriété intellectuelle, du Cirque du Soleil. Donc vous êtes originaire de Grand-Mère au Québec, diplômé de l'Université d'Ottawa, vous avez changé de carrière, du journalisme aux relations publiques, puis vous avez pris le risque de vous joindre au Cirque du Soleil en tant que président des nouvelles entreprises avant de rapidement devenir président du Cirque du Soleil. Donc, tout d'abord, j'aimerais parler de leadership. Dans votre livre L'équilibriste : performez grâce à votre créativité, vous vous décrivez comme un homme d'affaires conservateur et, lorsque vous avez commencé au Cirque du Soleil. Comment avez‑vous appris le métier et géré les talents créatifs du Cirque du Soleil?

Daniel : Ben, premièrement, j'ai eu la chance vraiment extraordinaire de travailler avec de grands créateurs comme Guy Laliberté, notre fondateur, Robert Lepage, Dominique Champagne, James Cameron, et éventuellement même les Beatles, et de voir ces grands créateurs-là développer de façon vraiment innovatrice de nouveaux concepts artistiques. Ça m'a amené véritablement à changer mon approche, à reconnaître l'importance de la créativité au sein d'une organisation comme étant une valeur vitale pour en assurer sa croissance. Et c'est avec ces grands artistes, ces grands créateurs, que j'ai appris cette importance de la créativité.

Maya : Le Cirque du Soleil est bien plus qu'une performance artistique. Parlez-nous de l'aspect moins connu du Cirque du Soleil, la recherche et l'ingénierie qui sont nécessaires pour résoudre certains des problèmes.

Daniel : Oui, absolument. On a eu la chance, au cours de toutes ces années, de collaborer avec de grandes entreprises comme Microsoft, Samsung, et également de collaborer avec plusieurs universités à travers le monde. Et ces gens-là nous ont permis, malgré des budgets quand même très restreints chez nous, en travaillant en partenariat avec ces gens-là, ça nous a permis de développer des nouvelles technologies pour nos spectacles et de demeurer à l'avant-garde en termes de contenu artistique dans nos différents spectacles. Et ça, pour nous, c'est peut-être une carte cachée qui est moins connue, mais qui est tellement importante, pour qu'on puisse demeurer le leader dans l'industrie du spectacle.

Maya : C'est fantastique. Vous avez aussi une équipe qui travaille sur la recherche et le développement. Pouvez-vous nous en parler un peu et de leur rôle et de leur travail?

Daniel : Oui, en fait, chaque recherche qui est effectuée au sein de notre département de création, en collaboration avec des partenaires externes, doit viser clairement et précisément un nouveau contenu qu'on pourra appliquer dans nos spectacles. Donc, les mandats sont très clairs et ça, c'est une notion importante. Lorsque vous faites la recherche et développement, vous devez donner un mandat très clair à vos équipes si vous espérez avoir des innovations que vous pourrez implanter rapidement au sein de votre organisation. C'est le processus qu'on utilise au Cirque du Soleil et jusqu'à maintenant, ça se passe très bien.

Maya : Et parlons maintenant de la propriété intellectuelle. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec toutes les marques du Cirque du Soleil, pouvez-vous nous parler du portefeuille de marques et de leur gestion?

Daniel : Absolument. Évidemment, la plus grande marque, la plus grande propriété intellectuelle, c'est le Cirque du Soleil que l'on doit protéger partout à travers le monde. Récemment, on a acquis d'autres marques comme Blue Man Group, également V-Star, qui fait des spectacles pour enfants, et The Works, qui fait des spectacles de magie. Donc toutes ces marques-là doivent être protégées partout à travers le monde. Mais de façon encore plus complexe, on doit protéger la propriété intellectuelle de chacun de nos spectacles, et on maintient jalousement notre propriété intellectuelle parce que c'est notre plus grande force. C'est vraiment très important pour nous, et on le fait vigoureusement, et c'est ce qui a fait aujourd'hui qu'on a pu continuer de grandir, même avec des partenaires importants comme Disney et MGM, les casinos à Las Vegas, toute la propriété intellectuelle de tous nos spectacles nous appartient.

Maya : Lorsque vous avez travaillé avec d'autres entreprises qui ont leurs propres marques, quelles sont les leçons apprises que vous avez eues lorsque vous collaborez avec les autres et leurs marques?

Daniel : D'abord, il est extrêmement important que les marques auxquelles nous nous associons soient au même niveau que la marque du Cirque du Soleil. Nous sommes une marque qui est considérée comme premium, c'est une grande marque, et si vous voulez vous associer avec une autre marque, elle doit être au même niveau que notre marque afin qu'on puisse grandir ensemble. Les gens avec qui on travaille doivent partager nos valeurs, nos valeurs de créativité et d'innovation, parce qu'on veut, dans les projets qu'on va développer avec ces partenaires-là, on veut qu'ils partagent le désir qu'on a d'arriver avec des projets qui vont être innovants et qui vont permettre aux deux marques de grandir suite association-là. C'est comme ça qu'ensemble, on peut grandir, on peut croître et on peut bénéficier l'un de l'autre de la force de nos marques.

Maya : Dans votre livre et vos présentations, vous parlez de la valeur de la marque du Cirque du Soleil. Avant que la COVID ne frappe, les investisseurs en capital privé du Cirque du Soleil avaient prévu de sortir par le biais d'une introduction en bourse. Mais soudainement, l'entreprise n'avait plus de revenus et ne pouvait pas même payer les intérêts des prêts. Mais vous avez su comment survivre à cette crise. Que s'est-il passé?

Daniel : Ben, écoutez, il y a pas d'exemple plus spectaculaire pour démontrer la force de notre propriété intellectuelle et de notre marque que cette pandémie, parce que du jour au lendemain, on s'est retrouvé dans une situation où on n'avait plus de revenus, plus de spectacles, en fait, plus d'entreprises à proprement dire pendant plusieurs mois. Mais on a réussi grâce à la force de cette marque globale qui a été bâtie, créée par la propriété intellectuelle, on a réussi à convaincre les banquiers et de nouveaux investisseurs à poursuivre l'aventure du Cirque du Soleil. Et encore une fois, sans la propriété intellectuelle, sans cette marque très forte mondialement, on n'aurait jamais réussi à faire rejaillir rapidement, rebondir rapidement cette grande organisation. Au moment où nous nous parlons, il y a 38 spectacles en présentation un peu partout à travers le monde, et on a été capable de relancer tous ces spectacles-là dans l'espace de quelques mois, à cause de la force de la propriété intellectuelle et donc de notre marque.

Maya : C'est fantastique. Pouvez-vous expliquer comment vous avez utilisé le pouvoir et la valeur de votre marque?

Daniel : Ben, écoutez, c'était le seul argument qu'on avait pour convaincre les investisseurs de poursuivre. Et ce qu'il faut comprendre, c'est que toutes les recherches qu'on avait effectuées au cours de toutes ces années démontraient de façon implacable comment cette marque-là était importante. Donc, pour les nouveaux investisseurs, ils ont cru et aujourd'hui, ils s'en réjouissent, ils ont cru à cette force-là de la marque, ils ont cru que le retour pouvait être rapide et efficace. Et aujourd'hui, on se retrouve, et tant mieux pour eux, dans une position qui est vraiment fantastique. Et dans nos plus grands rêves, on n'aurait pas souhaité que ça se passe de façon aussi positive, aussi spectaculaire, et surtout aussi rapidement.

Maya : J'ai une dernière question pour vous. Vous avez été et continuez d'être un évangéliste de la créativité dans les affaires. Quel est votre message aux dirigeants d'entreprise en termes de créativité et la gestion de la créativité?

Daniel : Ben, j'ai une approche qui est assez drastique. J'ai émis un commentaire que non seulement je soutiens, mais dont j'en fais la promotion, c'est que sans créativité, il n'y a pas d'entreprise. Et ce que je veux dire par là, c'est lorsqu'une entreprise comme Kodak a arrêté d'innover et d'être créative, ben au fil des ans, elle a disparu. Et moi, je pense que les entreprises qui ne vont pas être créatives, les entreprises qui ne vont pas innover, vont un jour disparaître, au profit de concurrents plus dynamiques et qui investit [sic] davantage en recherche et en développement. Et c'est pour cette raison qu'à l'intérieur de notre organisation, mais aussi dans notre communauté d'affaires au Canada, on promouvoit [sic] la créativité parce que c'est ce qui est à la base, non seulement de l'innovation, mais de la croissance.

Maya : Monsieur Lamarre, merci énormément d'avoir pris le temps de partager avec nous votre savoir et votre sagesse. Ce fut un réel plaisir de vous parler aujourd'hui. Merci.

Daniel : Merci à vous.

Maya : Vous venez d'écouter « Voix de la PI Canadienne », un balado où nous parlons de propriété intellectuelle. Dans cet épisode, monsieur Daniel Lamarre, vice-président exécutif du Conseil d'administration et ancien président du Cirque du Soleil, a partagé ce que cela représente de diriger la créativité, l'innovation et les partenariats extraordinaires au Cirque du Soleil, une icône canadienne et le plus grand producteur de cirque contemporain au monde. Monsieur Lamarre a également donné une illustration spectaculaire de l'importance de la propriété intellectuelle et de la manière dont celle-ci a permis à l'entreprise de survivre pendant la pandémie de la COVID. Connaissez-vous certaines des marques du Cirque du Soleil? Ouvrez la description de cet épisode pour obtenir la liste des nombreuses marques de cette entreprise, ainsi qu'un lien vers le livre L'équilibriste : performez grâce à votre créativité, écrit par monsieur Lamarre.