Épisode7 : Comment les illustrateurs peuvent-ils aider les demandeurs à montrer le fonctionnement d’une invention?

Maya Urbanowicz (MU) : Vous écoutez « Voix de la PI canadienne », un balado où nous discutons de propriété intellectuelle avec des professionnels et des intervenants du Canada et d'ailleurs. Vous êtes entrepreneur, artiste, inventeur ou simplement curieux? Vous allez découvrir des problèmes concrets – et des solutions concrètes – ayant trait au fonctionnement des marques de commerce, des brevets, du droit d'auteur, des dessins industriels et des secrets commerciaux dans la vie de tous les jours. Je m'appelle Maya Urbanowicz et je suis votre animatrice d'aujourd'hui.

Les points de vue et les opinions exprimés dans les balados sur ce site web sont ceux des baladodiffuseurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'OPIC.

Plusieurs d'entre nous avons entendu parler des brevets. Plusieurs inventions sont protégées en décrivant l'invention dans ce qu'on appelle une demande de brevet. La demande de brevet inclut

typiquement beaucoup de texte qui décrit l'invention et le type de problème qu'elle résout. La demande contient aussi le nom des inventeurs et une section très spécifique décrivant exactement les parties de l'invention qui sont protégées : les revendications.

Avez-vous déjà entendu l'expression « une image vaut mille mots »? Eh bien, peut-être que c'est vrai. Comprendre une invention en lisant du texte uniquement peut être difficile, et en fait, un dessin ou plusieurs dessins sont requis par les offices de brevets lorsqu'ils sont nécessaires pour comprendre l'invention ou le design.

Alors, qui crée ces dessins? Bien, avec nous aujourd'hui dans ce balado est Darpan Patel, qui a travaillé comme dessinateur de brevets à BCF, un cabinet d'avocats d'affaires à Montréal. Bienvenue à « Voix de la PI canadienne », Darpan!

Darpan Patel (DP) : Salut Maya. Merci de m'avoir invité.

MU : J'ai bien hâte à notre conversation avec vous aujourd'hui! Avant de commencer, pouvez-vous me parler un peu de vous et du type de travail que vous avez fait en tant que dessinateur de brevets?

DP : Bien sûr! J'ai d'abord commencé comme illustrateur technique et comme dessinateur. J'ai suivi un programme de dessin par ordinateur au Collège Herzing et j'ai commencé ma carrière comme dessinateur de brevets pour BCF Avocats d'affaires. Ils m'ont donc engagé pour illustrer tous les dessins de brevets.

C'est lorsqu'ils m'ont engagé que j'ai appris pour la première fois ce qu'étaient les brevets et les dessins associés. Pour moi, c'était donc un tout nouveau carrière et une nouvelle expérience, juste pour apprendre tout cela – d'une part, sur les brevets en général et, d'autre part, sur le fait qu'il existe un tout nouveau parcours professionnel et une nouvelle profession impliquant des brevets et des illustrateurs.

MU : Vous vous êtes vraiment lancé au cœur des brevets… Pour quelqu'un qui n'a jamais vu une demande de brevet, bien qu'elles sont disponibles gratuitement en ligne, pouvez-vous nous expliquer quelles sont les fonctions les plus importantes des dessins dans un brevet?

DP : Ainsi, pour les dessins de brevets, ils doivent être très précis en termes de ce que vous illustrez ou de ce que nous dessinons, parce qu'ils doivent transmettre au lecteur la technologie ou la conception exacte qui est brevetée. Ainsi, s'il s'agit d'un dessin industriel, c'est une question d'apparence, de style, et certaines conditions doivent être remplies pour que les demandes soient acceptées.

Par contre, les brevets d'utilité sont davantage axés sur l'aspect technologique. Il ne s'agit donc pas tant de l'aspect de la pièce que des aspects d'ingénierie mécanique et de ce que l'inventeur veut réellement protéger. Il y a eu une courbe d'apprentissage pour apprendre les 2 styles différents de brevets.

Selon le style de brevet, je devais adapter mes normes de dessin. Par exemple, les brevets de dessin industriel impliquent des ombres, vous pouvez ajouter des hachures pour créer de la profondeur et des courbes.

Alors que pour les brevets utilitaires, il n'y avait pas d'ombrage, vous pouviez ajouter des lignes cachées, ce que nous appelons des lignes en pointillés si une partie est cachée derrière une surface solide, alors que dans les dessins industriels, nous ne pouvons pas utiliser ce type de lignes, ce qui implique des normes de dessin complètement différentes. Pour moi, le dessinateur en brevets, c'était donc un sujet crucial à apprendre.

MU : Et les brevets sont très techniques. En fait, ils peuvent être très, très techniques avec plusieurs et plusieurs dessins et figures pour les décrire. Et j'imagine bien que vous avez travaillé avec plusieurs inventeurs de très près, d'une grande variété de domaines différents. J'imagine aussi que ces inventeurs ont eux-mêmes travaillé dans leurs domaines pendant bien des années, ils sont des experts dans ce qu'ils font. Alors, vous voilà, nouveau au processus de brevetage et peut-être même à la technologie. Pouvez-vous me parler du processus de comment vous avez traduit les fonctions techniques auxquelles vous avez été exposé, et comment vous transférez et traduisez celles-ci dans des dessins? Comment vous le faites?

DP : Une grande partie est venue, je pense, d'un peu de connaissances de base. J'étais toujours prêt à apprendre et j'aime me documenter sur les nouvelles technologies. Donc, chaque fois qu'un inventeur envoyait un nouveau brevet, tout d'abord, les agents de brevets étaient très expérimentés, ceux avec qui je travaillais, et ils me donnaient un briefing sur la base de la technologie. Aussi, je regardais beaucoup d'art antérieur en fonction de l'inventeur, de ce qu'il voulait protéger. Donc, en lisant l'art antérieur, j'ai appris une grande partie du vocabulaire. Beaucoup d'autoapprentissage et de lecture. J'ai fait un peu d'ingénierie mécanique dans le passé, ce qui m'a vraiment aidé pour les brevets mécaniques qui concernaient, par exemple, les goujons d'engrenage, les systèmes de courroie, les systèmes de poulie, des choses comme ça. Je pense donc qu'il s'agit en grande partie de faire des recherches préalables et d'être prêt à se lancer et à faire ses propres recherches sur le projet du client.

 

MU : Et vous avez un diplôme professionnel dans la conception assistée par ordinateur, et vous avez travaillé dans un cabinet d'avocats à titre de dessinateur de brevets. Que diriez-vous à quelqu'un qui essaie de faire son propre dessin de brevet?

DP : Je dirais que le plus important, c'est votre client. Donc, si je suis un rédacteur de brevets et qu'un inventeur vient me voir pour présenter son invention ou son brevet, je pense qu'il est vraiment important de créer de beaux dessins propres pour eux et d'avoir un taux de rotation rapide, parce qu'ils veulent faire breveter leur truc le plus vite possible. Ils ne veulent pas attendre une année supplémentaire ou quelques mois de plus, car un retard d'une semaine pourrait, à long terme, leur faire perdre leur place pour leurs demandes de dépôt. Vous ne voulez pas que l'inventeur revienne vers vous et vous dise : « Oh, le brevet a été refusé à cause de mon dessin, parce qu'il n'était pas conforme aux normes. » Si les marges ne sont pas correctes, il ne sera pas autorisé. Si les types de lignes ne sont pas corrects, il ne sera pas autorisé. S'il y a une ambiguïté de la part de l'office des brevets, le brevet sera refusé. Je pense donc qu'il y a beaucoup d'organisation et d'équilibre entre la qualité du dessin et le délai.

MU : Hum oui, comme on le dit, c'est une course au premier à déposer une demande… et donc, vous ne pouvez pas trop jouer avec les dessins.

DP : Oui, on essaie de donner un maximum d'une semaine, ça dépend du type de projets. Certains d'entre eux, je les recevais le matin et ils les demandaient dans l'après-midi. Aussi, nous devions tenir compte des demandes qui étaient déposées en Chine ou en Europe, donc il y a un délai d'environ 6 heures. Donc beaucoup de nos échéances se situaient entre 12 h et 13 h, ce qui correspondait à la fin de la journée de ce côté-là du monde.

MU : Parfois, j'ai vu des dessins avec des flèches et des chiffres. Des fois, en fait, il y a beaucoup de chiffres! Comment organisez-vous les flèches?

 

DP : Beaucoup de flèches doivent avoir une ligne gribouillée pour qu'elles ressortent du dessin, et les placer est parfois un vrai défi. Donc, il faut garder les flèches organisées et aussi assurer qu'on n'oublie pas un numéro et qu'on pointe aux propres parties. Par exemple, si un ressort est impliqué dans le dessin et qu'il est au numéro 5 dans le texte, mais que sur le dessin il est au numéro 10, ce n'est pas bon.

MU : Non, en fait. Les dessins que vous faites ont le potentiel de décrire une invention de façon très détaillée, mais c'est à une étape avant que l'invention soit protégée, avant que les droits soient même alloués. Alors, j'imagine qu'il y a des éléments de confidentialité, n'est-ce pas? Les histoires sont en fait bien secrètes.

DP : Oui, beaucoup d'entre eux le sont. Pour moi, c'est parce que j'ai travaillé dans un cabinet d'avocats qui était très crédible et où tout était fait dans les règles. Quand ils disaient aux inventeurs ou aux clients « oh, nous avons un dessinateur qui travaille pour nous et il va le faire pour vous », la confiance est déjà là. Donc avoir un nom légitime, connu professionnellement dans la société pour votre entreprise, est essentiel. Je pense que tout cela ajoute un peu plus de confiance en tant que client, lorsque vous cherchez quelqu'un pour illustrer vos idées. Il existe bien sûr des formulaires d'accord de confidentialité qui peuvent être signés, et en tant que rédacteur de brevets, si j'étais indépendant, je laisserais toujours le client déposer les formulaires légaux qu'il souhaite afin qu'il se sente à l'aise.

MU : Oui, les accords de confidentialité que vous avez probablement avec ceux avec qui vous discutez de leurs inventions. Maintenant, vous avez fait beaucoup de dessins dans bien des domaines. Vous devez avoir, en tant que professionnel, un fait marquant ou une histoire drôle, que vous pouvez partager avec nous?

DP : Oui… Je ne pense pas que c'était un brevet, mais ça faisait partie d'un des clients comme des demandes. Et moi, bien sûr je disais oui à tout. Et ils voulaient que je dessine un col de cygne. Donc c'est comme un sac de blé qu'ils remplissent, et il y a une méthode pour attacher les sacs qui est appelée « col de cygne ». Et je n'avais jamais entendu parler de ce terme dans ma vie! Et donc il y a eu 5 ou 6 courriels où ils ont essayé de m'expliquer ce qu'était le col de cygne...

Et... je vais faire de mon mieux : apparemment, vous prenez le haut des 4 coins du sac, vous les tordez, et ensuite vous le repliez sur lui-même. Et ensuite tu enroules le bout autour. Bref, c'est ce qu'on m'a dit. Alors j'ai dû le dessiner. Et je me suis dit « OK, je ne sais pas ce que c'est », alors j'ai commencé à chercher sur Google. J'ai trouvé quelques exemples de ce qu'est le col de cygne et apparemment, c'est une méthode pour attacher des sacs pour les sécuriser. Et c'était juste, c'était juste un truc bizarre. Une expérience très bizarre pour moi.

Et puis certains clients le demandaient, comme parfois nous devions dessiner des mains dans leurs dessins, comme pour tenir un outil ou une clé dynamométrique. Et je ne suis pas... bien que je sois un illustrateur technique, je suis un illustrateur technique – mais pas un artiste. C'est très bizarre.

Mes clients ont fini par être satisfaits, mais il m'a fallu plusieurs fois de dessiner des mains. J'ai fait des croquis à la main au début. J'ai cherché sur Google comment dessiner des mains, j'ai regardé quelques vidéos sur YouTube et vous savez, c'est juste beaucoup d'autoapprentissage et finalement j'y suis arrivé, et ils en étaient contents! Donc je pense que je me suis bien débrouillé!

MU : Probablement que oui si ils les ont acceptées! C'est bien! Alors, si je suis un inventeur et j'essaie… je ne sais pas… J'ai une invention en tête et je crois que je devrais soumettre une demande de brevet. Est-ce que je dois aller à la recherche d'un dessinateur de brevets? Comment ça fonctionne dans la réalité?

DP : Je pense que la première étape est d'engager un agent de brevets, simplement parce qu'il sait ce qu'il fait et qu'il est hautement qualifié. La plupart des agents de brevets ont déjà quelqu'un sous leurs ordres ou qu'ils consultent pour leurs illustrations. Je connais de nombreux agents de brevets là où j'ai travaillé. Ils venaient tous me voir, mais ils avaient aussi des entreprises auxquelles ils sous-traitaient le travail. Et beaucoup de ces entreprises sont très rapides sur taux de rotation. Ce sont des entreprises très réputées. Et il y a aussi beaucoup de sites web de dessinateurs indépendants. Si vous cherchez « dessinateur en brevets » sur n'importe quel site de freelancing, vous trouverez beaucoup de gens qui proposent leurs services.

MU : Darpan, ce fut un énorme plaisir de vous avoir ici aujourd'hui. Merci d'avoir partagé vos histoires et merci de nous avoir permis d'en apprendre plus sur le travail des dessinateurs, une facette du monde des brevets qui est moins connue, mais bien nécessaire! Merci!

DP : Merci, c'est un plaisir. C'est quelque chose de nouveau quand j'ai commencé à rédiger, et j'espère que tout le monde peut apprendre un peu plus. Je pense que ce que vous faites est génial.

MU : Merci beaucoup! 

Vous venez d'écouter « Voix de la PI canadienne », un balado sur la propriété intellectuelle. Dans cet épisode, vous avez rencontré Darpan Patel, qui a travaillé en tant que dessinateur de brevets. Darpan a expliqué l'importance d'avoir des bons dessins et comment travailler avec des gens hautement qualifiés peut améliorer une demande de brevet et la rendre plus facile à comprendre. Si vous voulez contacter un professionnel près de chez vous pour rédiger votre demande de brevet, visitez ipic.ca. N'oubliez pas que la base de données des brevets et les dessins sont disponibles gratuitement en ligne. Pour explorer les brevets canadiens, visitez canada.ca/trouver-brevet, inscrivez un mot de recherche et découvrez les brevets ainsi que les dessins représentatifs associés.