Les technologies émergentes et l’avenir du marché du travail

Mars 2018

Il semble émerger une vague de nouvelles technologies qui, selon de nombreuses personnes, augmentera la productivité et le taux de perturbation du marché du travail. Les vagues précédentes d'innovation technologique aient eu d'énormes effets positifs, notamment sur la croissance du PIB par habitant, mais elles ont toutes causé des perturbations, notamment sur les entreprises, les travailleurs et les collectivités. Le gouvernement n'a pas pour rôle de protéger des entreprises de concurrents novateurs, mais il est responsable d'aider les travailleurs et les collectivités à effectuer des transitions efficaces.

Le présent document décrit les technologies concernées par la PRP et les politiques du G7 visant à stimuler l'innovation découlant de la PRP. Il présente ensuite une analyse des incidences probables qu'auront les technologies sur la main-d'œuvre, y compris sur les emplois et le chômage, ainsi que sur les groupes démographiques et les types d'endroits. Il décrit des principes clés pour orienter les politiques du G7 et dresse une liste d'idées stratégiques précises selon quatre catégories : stimuler le développement des technologies de la PRP, stimuler l'adoption de ces technologies, faciliter les transitions au sein du marché du travail et élaborer des politiques liées aux approches communes en IA. Le rapport se termine par une brève analyse des points clés que les partenaires du G7 pourraient faire en commun.

Résumé

Conclusions

  • On assiste à l'émergence d'un ensemble de technologies nouvelles et améliorées qui devraient augmenter le taux de croissance de la productivité.
  • Il pourrait s'écouler au moins une décennie avant que la croissance du PIB soit pleinement touchée par les effets de cette vague.
  • La vague technologique n'est pas sans précédent, son ampleur devrait être comparable à celles des années 1890 et 1900, 1950 et 1960, et des années 1990 et du début des années 2000.
  • Si les décideurs ne cèdent pas aux forces réactionnaires et antiinnovation, cette vague pourrait entraîner une augmentation du taux de croissance annuel de la productivité de la main-d'œuvre allant jusqu'à environ 3 pour cent par année (par rapport à la moyenne actuelle de 1 pour cent).
  • Selon les preuves actuelles et historiques et la théorie et la recherche économiques, il est très improbable que cette  prochaine vague d'innovation donne lieu à des pertes d'emploi massives ou à une pénurie d'emplois. Cependant, elle  augmentera probablement la perturbation du marché du travail et des travailleurs, même s'il est vrai que celui-ci est à son niveau le plus faible depuis une génération.
  • Tandis que la vague précédente a eu une incidence disproportionnée sur la productivité dans les emplois de la classe moyenne et moyennement qualifiés, la prochaine vague  aura un effet semblable sur les emplois à faible salaire et peu qualifiés qui sont généralement moins bien outillés pour effectuer une transition réussie au sein du marché du travail. Par compte, la vague devrait augmenter la part d'emplois de bonne qualité et bien rémunérés dans les marchés du travail des pays du G7.

Recommandations portant sur les sociétés de technologie transformatives et la société

  • Les pays du G7 prennent des mesures pour appuyer la prochaine vague de technologies, mais il est possible d'en faire davantage. On peut notamment appuyer les partenariats de recherche préconcurrentielle (partenariats public-privé axés sur les stades précoces de la R-D) afin de favoriser le développement des technologies d'automatisation, particulièrement la robotique de pointe.
  • Beaucoup de ces technologies peuvent jouer un rôle important pour ce qui est d'aider des groupes socioéconomiques particuliers. À cette fin, les pays du G7 devraient appuyer la recherche et mettre en commun les conclusions sur le développement et l'application de ces technologies  qui visent à  aider les groupes sous-représentés tels que les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les personnes handicapées.
  • Comme il semble que les incidences de l'AI sur les licenciements liés à la productivité seront probablement accrues pour les travailleurs peu qualifiés et à faible revenu, les pays du G7 devraient collaborer à l'établissement de pratiques exemplaires du perfectionnement des compétences et de pratiques de transition professionnelle pour aider ces travailleurs.

Recommandations portant sur l'intelligence artificielle et les données

  • La PRP, particulièrement dans le domaine de l'intelligence artificielle, dépendra de l'accès aux données. Pour maximiser l'innovation en IA et l'adoption de cette technologie, les pays devront avoir des régimes de protection des renseignements personnels qui permettent l'utilisation et la réutilisation des données. Même si les règles de protection des renseignements personnels n'ont pas besoin d'être harmonisées car elles suivent les données en générale, ceci augmente le besoin d'avoir des régimes interopérables afin de faciliter la conduite des affaires.
  • De manière générale, il n'est pas nécessaire d'adopter des règles internationales exécutoires concernant les technologies de la PRP, y compris l'IA, puisque les régimes réglementaires nationaux traitent adéquatement les préoccupations stratégiques. Cependant, les pays du G7 devraient coopérer dans le but de limiter les restrictions applicables aux flux de données transfrontaliers.
  • Les décideurs du G7 devraient travailler à garantir que les règles de protection des données ne limitent pas par inadvertance l'IA. Notamment, les lois en matière de protection de la vie privée et les autres règles qui appliquent aux décisions automatisées des normes restrictives qui ne seraient pas appliquées aux décisions humaines augmenteraient les coûts et limiteraient l'innovation en IA. Elles forceraient également un compromis au chapitre de l'exactitude et de la complexité des systèmes d'IA.
  • Pour aider à limiter les résultats préjudiciables ou inexacts des applications d'IA, les décideurs devraient chercher à garantir la responsabilisation relativement aux algorithmes (c.-à-d. des mesures garantissant qu'ils fonctionnent comme prévu). En exigeant une transparence algorithmique, et particulièrement l'exposition du code source et d'explications détaillées sur le fonctionnement de l'algorithme à un certain degré d'examen du public, on limiterait l'innovation en IA.

Recommandations au sujet des programmes gouvernementaux

  • Les pays du G7 devraient coopérer à l'élaboration de stratégies axées sur les secteurs et les systèmes pour l'adoption à grande échelle de technologies de la PRP, y compris dans des secteurs clés tels que ceux de la construction, des finances, des soins de santé, des services publics, du transport et des gouvernements (p. ex. villes intelligentes).
  • Dans la mesure où les pays du G7 mettent l'accent sur des cadres réglementaires pour la PRP, ces cadres devraient reposer sur le principe de l'innovation plutôt que sur le principe de la précaution. Les technologies de la PRP en sont à leurs premières étapes, et on commence tout juste à comprendre leur incidence sur la société.

Recommandations sur les compétences pour la main d'œuvre de l'avenir

  • Les pays du G7 devront en faire davantage pour garantir que les travailleurs qui perdent leur emploi en raison des technologies de la PRP aient des capacités renforcées et les outils nécessaires pour réussir leur transition. Les décideurs devraient songer à adopter des approches qui satisfont aux besoins des employeurs relatifs à une main-d'œuvre souple et qui aident les travailleurs à effectuer des transitions réussies.
  • La réforme de l'éducation devrait viser principalement à permettre aux travailleurs d'améliorer leurs compétences, particulièrement les compétences génériques pour le 21e siècle et les compétences techniques. Ces objectifs nécessiteront des réformes importantes et parfois perturbatrices, notamment aux niveaux secondaire et postsecondaire.
  • Il faudra en faire davantage pour encourager les employeurs à élargir leurs efforts de formation de la main-d'œuvre (recours élargi à l'accréditation des compétences transférables, plans de perfectionnement et de formation pansectoriels, alliances dirigées par l'industrie relatives aux compétences, programmes d'apprentis et comptes de formation portatifs.
  • Les pays du G7 devraient collaborer  relativement à l'utilisation optimale des technologies de l'information et des télécommunications pour faciliter l'évaluation des compétences, l'orientation professionnelle, la formation et le placement de la main-d'œuvre en ligne.

Pour l'avenir, il y a peu de raisons de croire que les tendances historiques ne se maintiendront pas. Qui plus est, les économies du G7 auront besoin que la PRP avance à un rythme soutenu. Les taux de croissance de la productivité des pays du G7 au cours de la décennie en cours ont été inférieurs à ceux observés au cours des deux décennies précédentes, et les défis démographiques causés par une population vieillissante augmentent. Si le rythme de croissance de la productivité n'augmente pas, les économies du G7 devront traiter le rapport de dépendance croissant en diminuant la consommation des personnes âgées (en réduisant les avantages ou en retardant leur retraite) ou en augmentant les impôts. Une plus grande productivité au moyen de la technologie est la seule façon d'améliorer le niveau de vie des travailleurs et des retraités à un coût raisonnable. Cette augmentation peut être réalisée d'une manière qui protège les valeurs très répandues telles que la protection de la vie privée et qui profitent à tous les particuliers et les groupes, et elle devrait l'être.