Hôtes du CCE : Christine Tovee, Lucy Stojak et Michael Pley
Priorités
- Développer le secteur spatial du Canada;
- Innover et explorer l'espace;
- Renforcer les partenariats internationaux à long terme;
- Inspirer la prochaine génération;
- Contribuer à notre compréhension de la Terre;
- Améliorer la qualité de vie des Canadiens;
- Préserver une nation sûre et sécurisée.
Faits saillants
On constate qu'il existe une volonté très forte de trouver des idées audacieuses afin de rajeunir le secteur spatial canadien et de réaffirmer la réputation de longue date du Canada en tant que partenaire international de confiance. Le secteur spatial canadien est en mode de survie et son soutien déjà ténu est dispersé à travers les divers domaines et joueurs. Une approche plus durable et équilibrée en matière d'investissements aiderait à créer un écosystème collaboratif, ce qui appuierait l'industrie et les universités. Le Canada doit élaborer une structure d'investissement souple et adaptable afin de saisir les occasions qui se présentent.
L'étendue du territoire canadien et les nombreuses possibilités d'application et de services spatiaux permettant d'améliorer la qualité de vie fournissent de solides arguments pour l'importance de l'espace (p. ex. connecter les Canadiens grâce à la large bande et améliorer les possibilités d'affaires; faciliter la surveillance de nos frontières et la navigation; surveiller l'environnement, déceler les feux de forêt, etc.). Si les satellites cessaient de fonctionner durant 24 heures, cela démontrerait aux Canadiens à quel point notre économie et notre sécurité nationale sont de plus en plus tributaires de l'espace.
Le Canada doit reconnaître la valeur stratégique et l'importance de l'espace. Il est essentiel d'adopter une approche pangouvernementale, en particulier concernant les liens de l'espace avec la défense. À l'échelle internationale, l'espace est considéré comme stratégique et la plupart des pays du G20 favorisent leur capacité industrielle nationale à soutenir leurs aspirations stratégiques. Le Canada, avec sa géographie immense, sa population petite et dispersée et ses ressources militaires limitées, a plus de raisons de considérer les actifs spatiaux et les données connexes comme stratégiques. Il convient de réfléchir davantage pour trouver des façons de lier l'espace aux autres secteurs. L'approvisionnement en services par le gouvernement est un outil important que d'autres pays (p. ex. les États-Unis) utilisent de plus en plus pour assurer leur réussite commerciale.
Les communications, la sensibilisation et l'engagement sont des activités qui font partie intégrante du soutien au développement des talents, et qui contribuent au maintien de réseaux de collaboration solides entre le secteur public et le secteur privé. Une collaboration plus étroite avec les organisations de sensibilisation du public est également nécessaire, ainsi qu'un engagement précoce au moyen de l'éducation se poursuivant jusqu'à l'université.
Principales considérations et principaux défis de mise en œuvre
Nouveau paradigme de l'espace : Les fournisseurs commerciaux assurent la prestation des services aux gouvernements. Attirer les PME grâce à des programmes gouvernementaux d'investissement permet d'augmenter les activités économiques et de favoriser la croissance de la haute technologie.D'autres pays, notamment lesÉtats-Unis, s'éloignent peu à peu de l'ancien modèle de l'espace (p. ex. les actifs détenus et exploités par le gouvernement) vers l'achat de services. SpaceX est le premier fournisseur de services de lancement commerciaux pour la Station spatiale internationale.
Gouvernement dans son ensemble et défense : Les activités spatiales du Canada devraient être coordonnées de manière à éviter les cloisonnements entre les ministères.Le Canada n'est pas un joueur assez important et il devrait n'avoir qu'un seul programme spatial combinant les domaines civil et de la défense afin de tirer parti du financement limité. Le Canada devrait mettre à profit les marchés de la défense et s'efforcer de traiter la question du déséquilibre commercial actuel (p. ex. en s'assurant que le travail revient au Canada par le truchement des retombées industrielles et régionales).
Écosystèmes d'innovation : L'industrie et les universités collaborent pour s'assurer que les idées progressent des premières étapes à la commercialisation. Le milieu universitaire joue un rôle critique en favorisant la progression des technologies, en particulier aux premières étapes où les idées sont élaborées et mises à l'essai. La recherche en science spatiale par les membres de la communauté spatiale appuie tous les buts et objectifs de la stratégie spatiale.Le rôle des universités et de la communauté scientifique, y compris sa contribution à la croissance de l'industrie spatiale, doit être reconnu et renforcé.
Entreprises d'ancrage : Les grandes entreprises de technologie spatiale ont un rôle important à jouer au sein de la communauté spatiale et aident à appuyer la croissance des réseaux et des écosystèmes. La grande industrie fournit du financement aux scientifiques et aux petites entreprises - afin de financer les idées initiales et de déployer des instruments dans l'espace.
Accès à l'espace :On semble penser, à tort, que l'espace est une entreprise difficile, coûteuse et à long terme. Les projets liés à l'espace sont actuellement exécutés plus rapidement et nécessitent moins d'investissement qu'auparavant. L'ASC peut favoriser la mise en œuvre de missions spatiales à moindre coût et à un rythme régulier pour tester les nouvelles idées et améliorer les technologies existantes. Le programme spatial canadien doit fournir plus d'occasions de mettre en œuvre les technologies spatiales et de devenir spatio-qualifiées. L'amélioration des technologies grâce à des niveaux de maturité technologique précoces est importante, mais les technologies resteront sur les tablettes si elles ne sont pas mises en application dans l'espace.Les gens, particulièrement les jeunes, veulent participer à des initiatives qui peuvent être lancées rapidement et dans des délais courts; les programmes CubeSat sont un moyen rentable de faire participer les Canadiens quant à l'espace et de perfectionner les compétences.
Innover et explorer dans l'espace : L'exploration spatiale et la science alimentent l'innovation. La science est le moteur de l'exploration spatiale et pousse les technologies au-delà de ce que les entreprises veulent et sont capables de faire par elles-mêmes. Le Canada a nombre d'atouts et de capacités qui peuvent être exploités. Le Canada est un pays de classe mondiale dans le secteur minier, et il a la possibilité d'être un acteur de premier plan dans l'exploitation minière spatiale (p. ex. en combinant la robotique et un outil de forage); si le Canada envisage d'explorer l'espace, la robotique spatiale au service de l'exploitation minière dans l'espace est un domaine qui mérite d'être considéré.
Données massives : Les données sur l'espace sont massives et leur analyse exige beaucoup de puissance informatique et de personnel. Il est important de débloquer l'accès aux données pour des usages multiples plutôt que d'adopter une approche par projet. L'industrie et les universités ont réussi à former des partenariats pour exploiter les données spatiales et ont établi des ensembles de données (p. ex. utilisation pour la sécurité et la navigation, la protection et la surveillance de l'environnement, etc.).
Inclusion et diversité : La proportion de femmes inscrites en STIM est faible et peu de femmes travaillant dans l'industrie spatiale. Des bourses pour la diversité et des possibilités d'emploi pour les femmes pourraient être envisagées.
Principales idées et réalisations
Modèle d'approvisionnement en services : En entrant dans la nouvelle ère spatiale, le gouvernement du Canada devrait tenir compte des possibilités qu'un modèle d'acquisition de services (par opposition à un modèle d'acquisition de produits/matériel) pourrait apporter au développement du secteur privé. Avec un modèle d'acquisition de services, le gouvernement pourrait servir de client d'ancrage ou de premier client afin de favoriser la croissance des entreprises et les investissements. En mettant l'accent sur l'achat de services, combiné à la disponibilité d'un financement durable approprié à plus long terme, on soutiendrait un environnement où les entreprises peuvent mobiliser des capitaux, créer des emplois et investir dans la recherche et le développement technologique. Pour être admissible dans le cadre d'un modèle de services d'approvisionnement, il est suggéré de fournir un soutien aux entreprises canadiennes, pour des services utiles aux Canadiens et viables pour l'exportation. Il a été noté que le Programme de construction au Canada du gouvernement du Canada ne couvre pas les services et que ce pourrait être un domaine à approfondir. Le tout pourrait être combiné à du financement de plus longue durée.
L'espace comme infrastructure stratégique : Pour favoriser le dynamisme de l'industrie, il est nécessaire de reconnaître que les actifs spatiaux forment une infrastructure stratégique qui appuie les besoins nationaux, tant dans le domaine civil que dans celui de la défense. De plus, le gouvernement doit s'engager à maintenir les capacités canadiennes pour faire en sorte qu'il y ait une industrie nationale apte à construire les infrastructures essentielles. On s'inquiète de plus en plus du déclin du secteur spatial canadien et, en l'absence d'un plan, il ne reste peut-être aucune industrie importante au Canada en mesure de défendre les intérêts canadiens.
Mandat de l'Agence spatiale canadienne : L'espace a beaucoup changé depuis que l'Agence spatiale canadienne a vu le jour (p. ex. d'abord largement dominée par le gouvernement, elle est passée à une participation importante du secteur commercial) et son mandat législatif devrait être revu. Malgré les changements survenus dans le secteur spatial, le mandat et le cadre juridique de l'Agence n'ont pas évolué pour permettre la croissance et la création d'emplois, comme dans d'autres pays. La création d'un poste de vice-président de la réussite commerciale a été proposée pour aider à positionner l'industrie spatiale.
Cadre de financement : Les intervenants souhaitent un cadre de financement durable à long terme convenablement pourvu, ainsi qu'un processus clairement communiqué pour la sélection des projets. La participation des parties prenantes à l'élaboration d'un plan à long terme (p. ex. avec un classement des priorités et des projets) est proposée. L'établissement des priorités et un inventaire des projets pourraient faciliter la prise de décisions fondées sur la disponibilité des fonds (p. ex. le projet de télescope spatial James Webb a été élaboré dans ce contexte). Pour les grands projets, la transparence garantira l'appui de la communauté et des résultats équitables; des critères de sélection et un processus de présélection pourraient rendre le processus plus concurrentiel.
Réactivité : La cohérence, la continuité et l'agilité sont des qualités essentielles pour le programme spatial canadien. Le cadre de la politique spatiale reconnaît l'importance des partenariats internationaux, mais bien souvent le financement permettant de saisir rapidement les occasions n'est pas disponible et des possibles occasions sont souvent ratées. Il a été suggéré que les niveaux de financement, les cycles budgétaires et les mécanismes des programmes soient examinés. Une plus grande proportion du budget de l'Agence pourrait être réservée aux possibilités de mission, aux projets de recherche et aux études (p. ex. études de l'étape 0). La Defense Advanced Research Project Agency (DARPA) et le système Small Business Innovation Research (SBIR) aux États-Unis ont été cités comme modèles de stimulation de l'innovation opportuns.
Inspiration et vision : Pour susciter l'enthousiasme, le Canada a besoin d'une vision pouvant être facilement comprise par le grand public et qui l'interpelle. Les pays comme les États-Unis ont une vision et un mandat publics facile à comprendre et à saisir par le public (p. ex. « Le Canada ira sur Mars »). Le Canada a besoin d'une nouvelle mission phare pour mousser l'enthousiasme des Canadiens à l'égard de l'espace. Les idées inspirantes comprennent les suivantes : contribuer à établir des villages lunaires, des systèmes de communication lunaires et des centrales solaires orbitales.
Communications : Le Canada peut renforcer sa stratégie de communication pour communiquer plus efficacement avec les jeunes. Les plateformes Web Pinterest et Instagram pourraient être utilisées, en plus de Facebook et de Twitter (p. ex. événements en direct sur Facebook, gazouillis) pour promouvoir les réalisations et les activités de l'ensemble de la communauté spatiale.
Sensibilisation : Pour s'assurer d'obtenir une main-d'œuvre qualifiée, il importe de mobiliser les Canadiens différemment aux diverses étapes – depuis les étudiants des écoles publiques et secondaires jusqu'aux étudiants des universités et aux diplômés. Les organismes d'éducation et de sensibilisation du public (ESP) peuvent communiquer avec les écoles et les universités à moindre coût grâce aux réseaux de bénévoles, et joindre de nombreux enfants et jeunes. Comme pour d'autres organismes, le Canada devrait se doter d'un financement spécial pour les activités de mobilisation (p. ex. financement des groupes de sensibilisation, embauche d'étudiants par des scientifiques, participation des jeunes aux événements spatiaux et possibilités de mentorat).
Participants
- Amir Komeily - Honeywell
- Alec Wenzowski - MaxQ
- Chandra Kudsia - Université de Waterloo
- Christine Wilson - Université McMaster
- Cordell Grant - Sinclaire Interplanetary
- Francis Picotte – Ryerson Space Society
- Gordon G. Shepherd – Université York
- Greg Slater – Université McMaster
- Kaley Walker - Université de Toronto
- Laurence R. Harris - Université York
- Mina Mitry - Kepler Communications
- Paul Cooper - MacDonald, Dettwiler and Associates Ltd. (MDA)
- Paul Fulford - MacDonald, Dettwiler and Associates Ltd. (MDA)
- Peter Dorcas - exactEarth Ltd.
- Peter Mabson - exactEarth Ltd.
- Randall Lilko - Honeywell
- Sarah Gallagher - Université Western
- Steve Horvath - Xplornet